Coran – Sourate 1 – Versets 6-7

Sourate 1 — « Al-Fātiḥa » — L'OuvertureRévélation mecquoise · 7 versets

Très brève, la sourate Al-Fātiḥa (littéralement « L’Ouverture ») ouvre le Coran sous la forme d’une prière adressée à Allāh, faite de louange, de demande d’aide et de requête pour être guidé sur « le droit chemin ».

Récitée quotidiennement dans la prière rituelle, elle donne le ton de la piété coranique : adoration exclusive, dépendance à Allāh et horizon du Jugement. Elle pose d’emblée la question centrale que le reste du Coran développera : qu’est-ce que la « voie droite » et comment la reconnaître.

Quran-001-006-007
Sourate 1 – Al-Fātiḥa – « L'Ouverture » – Versets 6–7
اهْدِنَا الصِّرَاطَ الْمُسْتَقِيمَ ﴿٦﴾ صِرَاطَ الَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ الْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلَا الضَّالِّينَ ﴿٧﴾
Ihdinā ṣ-ṣirāṭa l-mustaqīm · ṣirāṭa lladhīna anʿamta ʿalayhim ghayri l-maghḍūbi ʿalayhim wa-lā ḍ-ḍāllīn
« Guide-nous sur le droit chemin,
le chemin de ceux que tu as comblés de bienfaits,
non pas celui de ceux qui ont encouru ta colère,
ni celui des égarés. »
En un mot – La grande demande de la sourate al-Fātiḥa : être conduit sur le bon chemin et préservé de l’égarement.

Ce que dit le texte

La sourate al-Fātiḥa se conclut par une demande unique : être guidé. Après la louange et la profession d’adoration, la prière se transforme en supplication. Le croyant ne demande ni richesse ni protection matérielle, mais une direction pour sa vie.

Le ṣirāṭ al-mustaqīm, le « chemin droit », désigne une orientation que Dieu seul peut donner. La vie humaine apparaît ainsi comme un parcours où l’on peut avancer dans la droiture ou se perdre.

Le verset précise enfin ce chemin par contraste : il est celui de ceux qui ont reçu les bienfaits d’Allâh, et non celui de ceux qui ont encouru sa colère ou se sont égarés. La prière définit ainsi la voie recherchée autant par ce qu’elle est que par ce qu’elle n’est pas.

Ce que le Coran précise ailleurs

Le thème du « chemin droit » traverse le Coran. Il apparaît comme la voie que Dieu trace pour les croyants et qu’ils sont appelés à suivre. Ainsi Allâh déclare : « Voilà mon chemin dans toute sa droiture. Suivez-le donc et ne suivez pas les autres sentiers qui vous écarteraient de sa voie » (S. 6,153). La droiture n’est pas seulement une image morale : elle désigne une fidélité concrète à la volonté divine.

Le Coran précise également l’identité de ceux qui ont reçu les bienfaits d’Allâh : « les prophètes, les véridiques, les martyrs et les justes » (S. 4,69). Le chemin demandé dans la Fātiḥa est donc celui d’une continuité de croyants fidèles à travers le temps.

À l’inverse, le Coran évoque souvent ceux qui s’éloignent de cette voie : « Celui qu’Allâh égare, nul ne peut le guider » (S. 7,186), ou encore ceux qui « s’égarent loin du chemin droit » (S. 4,167). L’égarement apparaît tantôt comme un refus de la vérité révélée, tantôt comme une déviation progressive loin de la voie droite.

Ce que ce texte met en tension

La prière évoque trois groupes : ceux qui ont reçu les bienfaits, ceux qui ont encouru la colère et les égarés. La sourate elle-même ne nomme pas explicitement ces groupes, mais d’autres passages du Coran ont conduit les commentateurs musulmans à proposer des identifications.

Dans plusieurs traditions exégétiques anciennes, « ceux qui ont encouru la colère » ont été rapprochés des juifs et « les égarés » des chrétiens. Cette lecture, rapportée notamment par al-Ṭabarī, s’appuie sur différents versets coraniques et a marqué durablement la tradition islamique1.

Une tension apparaît alors pour le lecteur chrétien. Si les chrétiens sont comptés parmi les « égarés », le chemin droit demandé dans cette prière se définit aussi par opposition à la foi chrétienne. La divergence ne porte donc pas seulement sur des pratiques religieuses, mais sur la compréhension même de la révélation et de Dieu.

Ce que l’on connaissait déjà

L’image du chemin comme symbole de la vie humaine est très ancienne dans la tradition biblique. Le Psaume 1 oppose la voie des justes à celle des méchants : « Le Seigneur connaît le chemin des justes, mais le chemin des méchants se perdra »2.

Les livres de sagesse reprennent cette image. Le livre des Proverbes parle d’un chemin qui devient progressivement lumineux pour le juste3. Marcher sur la bonne voie signifie vivre selon la volonté de Dieu.

Jésus utilise la même image lorsqu’il parle de la porte étroite : « Large est la porte et spacieux le chemin qui mène à la perdition […] mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie »5. La première catéchèse chrétienne reprendra cette opposition : la Didachè commence par ces mots : « Il y a deux voies : l’une de la vie et l’autre de la mort »4.

La prière demandant à Dieu de guider l’homme apparaît elle aussi dans la Bible : « Dirige-moi dans ta vérité, enseigne-moi » (Ps 24[25],5)6. L’homme reconnaît ainsi qu’il ne peut trouver seul la bonne route.

Ce que l'histoire permet de comprendre

Cette première sourate al-Fātiḥa apparaît dans un contexte où la nouvelle communauté musulmane se distingue progressivement des autres traditions religieuses présentes en Arabie. Des groupes juifs et chrétiens étaient établis dans la région, tandis que les cultes polythéistes restaient largement répandus.

Demander de ne pas suivre le chemin des « égarés » participe alors à la définition d’une identité religieuse nouvelle. La prière trace une ligne entre la voie que la communauté entend suivre et celles qu’elle considère comme déviées.

Dans ce contexte, cette prière joue aussi un rôle de démarcation religieuse. Elle exprime le désir d’être compté parmi ceux qui marchent sur la voie approuvée par Allâh et non parmi ceux qui s’en sont éloignés.

Ce que cette lecture éclaire

La demande d’être guidé sur le bon chemin est profondément juste. Elle reconnaît que l’homme peut se tromper et qu’il a besoin d’être conduit par Dieu.

Le christianisme répond à cette prière d’une manière inattendue. Jésus ne dit pas seulement qu’il montre le chemin. Il affirme qu’il est lui-même « le Chemin, la Vérité et la Vie »7. Le chemin n’est désormais plus seulement une direction à suivre, mais principalement une personne à rencontrer.

Dès lors, la prière en vue d’être guidé prend un sens nouveau. Être conduit ne signifie plus seulement marcher sur une bonne route. Cela signifie être conduit par le Christ et vers le Christ, et entrer dans une relation vivante avec lui.

Ce que dit le texte

La sourate al-Fātiḥa se conclut par une demande unique : être guidé. Après la louange et la profession d’adoration, la prière se transforme en supplication. Le croyant ne demande ni richesse ni protection matérielle, mais une direction pour sa vie.

Le ṣirāṭ al-mustaqīm, le « chemin droit », désigne une orientation que Dieu seul peut donner. La vie humaine apparaît ainsi comme un parcours où l’on peut avancer dans la droiture ou se perdre.

Le verset précise enfin ce chemin par contraste : il est celui de ceux qui ont reçu les bienfaits d’Allâh, et non celui de ceux qui ont encouru sa colère ou se sont égarés. La prière définit ainsi la voie recherchée autant par ce qu’elle est que par ce qu’elle n’est pas.

Ce que le Coran précise ailleurs

Le thème du « chemin droit » traverse le Coran. Il apparaît comme la voie que Dieu trace pour les croyants et qu’ils sont appelés à suivre. Ainsi Allâh déclare : « Voilà mon chemin dans toute sa droiture. Suivez-le donc et ne suivez pas les autres sentiers qui vous écarteraient de sa voie » (S. 6,153). La droiture n’est pas seulement une image morale : elle désigne une fidélité concrète à la volonté divine.

Le Coran précise également l’identité de ceux qui ont reçu les bienfaits d’Allâh : « les prophètes, les véridiques, les martyrs et les justes » (S. 4,69). Le chemin demandé dans la Fātiḥa est donc celui d’une continuité de croyants fidèles à travers le temps.

À l’inverse, le Coran évoque souvent ceux qui s’éloignent de cette voie : « Celui qu’Allâh égare, nul ne peut le guider » (S. 7,186), ou encore ceux qui « s’égarent loin du chemin droit » (S. 4,167). L’égarement apparaît tantôt comme un refus de la vérité révélée, tantôt comme une déviation progressive loin de la voie droite.

Ce que ce texte met en tension

La prière évoque trois groupes : ceux qui ont reçu les bienfaits, ceux qui ont encouru la colère et les égarés. La sourate elle-même ne nomme pas explicitement ces groupes, mais d’autres passages du Coran ont conduit les commentateurs musulmans à proposer des identifications.

Dans plusieurs traditions exégétiques anciennes, « ceux qui ont encouru la colère » ont été rapprochés des juifs et « les égarés » des chrétiens. Cette lecture, rapportée notamment par al-Ṭabarī, s’appuie sur différents versets coraniques et a marqué durablement la tradition islamique1.

Une tension apparaît alors pour le lecteur chrétien. Si les chrétiens sont comptés parmi les « égarés », le chemin droit demandé dans cette prière se définit aussi par opposition à la foi chrétienne. La divergence ne porte donc pas seulement sur des pratiques religieuses, mais sur la compréhension même de la révélation et de Dieu.

Ce que l’on connaissait déjà

L’image du chemin comme symbole de la vie humaine est très ancienne dans la tradition biblique. Le Psaume 1 oppose la voie des justes à celle des méchants : « Le Seigneur connaît le chemin des justes, mais le chemin des méchants se perdra »2.

Les livres de sagesse reprennent cette image. Le livre des Proverbes parle d’un chemin qui devient progressivement lumineux pour le juste3. Marcher sur la bonne voie signifie vivre selon la volonté de Dieu.

Jésus utilise la même image lorsqu’il parle de la porte étroite : « Large est la porte et spacieux le chemin qui mène à la perdition […] mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie »5. La première catéchèse chrétienne reprendra cette opposition : la Didachè commence par ces mots : « Il y a deux voies : l’une de la vie et l’autre de la mort »4.

La prière demandant à Dieu de guider l’homme apparaît elle aussi dans la Bible : « Dirige-moi dans ta vérité, enseigne-moi » (Ps 24[25],5)6. L’homme reconnaît ainsi qu’il ne peut trouver seul la bonne route.

Ce que l'histoire permet de comprendre

Cette première sourate al-Fātiḥa apparaît dans un contexte où la nouvelle communauté musulmane se distingue progressivement des autres traditions religieuses présentes en Arabie. Des groupes juifs et chrétiens étaient établis dans la région, tandis que les cultes polythéistes restaient largement répandus.

Demander de ne pas suivre le chemin des « égarés » participe alors à la définition d’une identité religieuse nouvelle. La prière trace une ligne entre la voie que la communauté entend suivre et celles qu’elle considère comme déviées.

Dans ce contexte, cette prière joue aussi un rôle de démarcation religieuse. Elle exprime le désir d’être compté parmi ceux qui marchent sur la voie approuvée par Allâh et non parmi ceux qui s’en sont éloignés.

Ce que cette lecture éclaire

La demande d’être guidé sur le bon chemin est profondément juste. Elle reconnaît que l’homme peut se tromper et qu’il a besoin d’être conduit par Dieu.

Le christianisme répond à cette prière d’une manière inattendue. Jésus ne dit pas seulement qu’il montre le chemin. Il affirme qu’il est lui-même « le Chemin, la Vérité et la Vie »7. Le chemin n’est désormais plus seulement une direction à suivre, mais principalement une personne à rencontrer.

Dès lors, la prière en vue d’être guidé prend un sens nouveau. Être conduit ne signifie plus seulement marcher sur une bonne route. Cela signifie être conduit par le Christ et vers le Christ, et entrer dans une relation vivante avec lui.

Références

1 Al-Ṭabarī, Jāmiʿ al-bayān ʿan taʾwīl āy al-Qurʾān, commentaire de S. 1,7 : plusieurs traditions anciennes identifient « ceux qui ont encouru la colère » aux juifs et « les égarés » aux chrétiens.

2 Psaume 1,6 : « Le Seigneur connaît la voie des justes, mais la voie des méchants se perdra. »

3 Proverbes 4,18 : « Le sentier des justes est comme la lumière de l’aurore, dont l’éclat va croissant jusqu’au plein jour. »

4 Didachè 1,1 : « Il y a deux voies : l’une de la vie et l’autre de la mort ; mais il y a une grande différence entre ces deux voies. »

5 Matthieu 7,13-14 : « Large, le chemin qui conduit à la perdition […] resserré, le chemin qui mène à la vie. »

6 Psaume 24 [25],5 : « Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi. »

7 Jean 14,6 : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. »